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Benjamin Plateau · 13 min · Dernière mise à jour le

Résumé de l’article
L’amortissement comptable permet de répartir le coût d’un bien immobilisé sur sa durée d’utilisation afin de constater sa perte de valeur progressive.
Les immobilisations corporelles et incorporelles comme les véhicules, ordinateurs, machines ou logiciels peuvent être amorties selon des durées d’usage précises.
L’amortissement linéaire est la méthode la plus utilisée, mais d’autres dispositifs existent comme l’amortissement dégressif ou variable.
Les dotations aux amortissements réduisent le bénéfice imposable de l’entreprise sans entraîner de sortie de trésorerie.
Un plan d’amortissement et des écritures comptables spécifiques sont nécessaires pour assurer le suivi comptable et fiscal des immobilisations.
Votre entreprise vient d'acquérir un véhicule utilitaire, un ordinateur ou une machine industrielle ? Ces biens perdent inévitablement de la valeur avec le temps et leur usage. L'amortissement comptable permet de constater cette dépréciation progressive et de répartir le coût d'acquisition sur plusieurs exercices.
Mais comment calculer les dotations aux amortissements ? Quelle durée appliquer selon le type de bien ? Quelles méthodes privilégier ? Dans cet article, vous découvrirez tout sur l'amortissement comptable : définition, calcul, durées d'usage et impact fiscal pour optimiser la gestion de vos immobilisations.
L'amortissement comptable est la constatation de la perte de valeur d'un bien immobilisé due à son usage, son obsolescence ou le passage du temps. Concrètement, il permet la répartition du coût d'acquisition d'une immobilisation sur sa durée d'utilisation plutôt que de l'enregistrer comme une charge uniquement l'année de l'achat. Il est défini par l’article 322-1 du Plan Comptable Général (PCG).
Prenons un exemple simple. Votre entreprise achète un ordinateur 1 200 € qu'elle utilisera pendant 3 ans. Au lieu de comptabiliser 1 200 € de charge immédiate au compte de résultat, l'amortissement répartit cette dépense : 400 € par an pendant 3 ans. Cette charge non décaissée diminue votre bénéfice imposable sans sortie de trésorerie puisque le paiement a déjà eu lieu lors de l'achat.
Trois facteurs expliquent pourquoi un bien perd de la valeur et justifient son amortissement.
L'utilisation quotidienne détériore progressivement un bien. Un véhicule accumule des kilomètres et utilise ses pièces mécaniques. Une machine industrielle enchaîne des cycles de production répétés qui sollicitent ses composants.
L'évolution technologique rend certains biens dépassés avant leur usure complète. Un ordinateur devient obsolète en 3 ans face à des modèles plus performants. Un logiciel nécessite un remplacement en 2 ans pour rester performant.
Certains actifs perdent de la valeur par le simple passage du temps, indépendamment de leur usage. Les brevets et licences illustrent parfaitement cette dépréciation temporelle puisque leur durée de protection est juridiquement limitée.
💡 À savoir : l'amortissement comptable ne doit pas être confondu avec la dépréciation. L'amortissement constate une perte de valeur prévisible et systématique, tandis que la dépréciation traduit une perte de valeur exceptionnelle et inattendue.
Les immobilisations corporelles représentent des biens physiques tangibles que votre entreprise détient durablement et utilise pour son activité. Sont amortissables :
Les bâtiments industriels et commerciaux (usines, entrepôts, bureaux)
Le matériel industriel et l'outillage (machines-outils, équipements de production)
Le matériel de transport comme les véhicules utilitaires
Le matériel informatique (ordinateurs, serveurs, imprimantes)
Le mobilier de bureau (bureaux, chaises, armoires)
En revanche, deux catégories d'actifs corporels sont non amortissables : les terrains, dont la durée de vie est considérée comme illimitée, et les œuvres d'art, qui ne se déprécient pas avec le temps mais peuvent au contraire prendre de la valeur.
Les immobilisations incorporelles constituent des actifs immatériels sans substance physique mais générant des avantages économiques pour l'entreprise. Sont amortissables :
Les brevets d'invention
Les licences d'exploitation
Les logiciels achetés ou développés en interne
Les frais de développement liés aux projets de recherche
Le fonds de commerce constitue un cas particulier. En principe non amortissable car sa durée de vie est indéfinie, il bénéficie d'une exception introduite par la Loi de Finances 2022 : les fonds commerciaux acquis entre le 1ᵉʳ janvier 2022 et le 31 décembre 2025 peuvent être amortis fiscalement.
💡 À savoir : les immobilisations financières ne sont pas amortissables mais peuvent faire l'objet d'une dépréciation si leur valeur diminue durablement.
L'administration fiscale tolère un traitement simplifié pour les biens de faible valeur. Tout équipement dont le prix d'acquisition est inférieur à 500 € HT peut être comptabilisé directement en charges (compte 606) plutôt qu'immobilisé.
Conformément à l'article 214-1 du Plan Comptable Général, la durée d'amortissement d'une immobilisation doit correspondre à sa durée réelle d'utilisation par l'entreprise. Cette durée s'évalue selon quatre critères cumulatifs : physique (usure attendue du bien), technique (obsolescence prévisible), juridique (durée de protection ou de contrat) et économique (rentabilité anticipée). L'administration fiscale tolère un écart de 20 % par rapport aux durées d'usage habituellement pratiquées dans la profession.
Toutefois, les petites entreprises bénéficient d'une simplification comptable (Règlement ANC 2018-01). Les sociétés qui ne dépassent pas deux des trois seuils suivants peuvent appliquer directement les durées d'usage fiscales :
4 millions d'euros de bilan total
8 millions d'euros de chiffre d'affaires hors taxes
50 salariés
Cette dispense évite aux PME la charge de justifier la durée réelle d'utilisation de chaque bien immobilisé.
💡 À savoir : ces durées constituent des usages fiscalement admis mais ne dispensent pas les grandes entreprises de justifier la durée réelle d'utilisation de leurs biens immobilisés.
L'amortissement linéaire constitue la méthode d'amortissement la plus répandue en France. Il répartit la perte de valeur de manière égale et constante sur toute la durée d'utilisation du bien. Selon les statistiques de la DGFiP, 87 % des PME françaises privilégient cette méthode pour sa simplicité de calcul et de suivi. Elle s'applique par défaut en comptabilité à tous les biens amortissables, qu'ils soient corporels ou incorporels. Chaque année, l'entreprise constate une dotation aux amortissements identique, facilitant ainsi la gestion comptable et la prévisibilité des charges.
L'amortissement dégressif accélère les dotations aux amortissements durant les premières années d'utilisation du bien. Cette méthode procure un avantage fiscal significatif en réduisant davantage l'impôt en début d'activité ou d'investissement. Sur le plan comptable, l'entreprise doit comptabiliser des amortissements dérogatoires pour constater l'écart entre l'amortissement économique linéaire et l'amortissement fiscal dégressif. Cette méthode reste réservée aux biens neufs d'une durée d'utilisation d'au moins trois ans.
L'amortissement variable calcule la dotation annuelle selon les unités consommées ou produites plutôt qu'en fonction du temps écoulé. Les exemples d'unités d'œuvre incluent les kilomètres parcourus pour un véhicule, les heures machine pour un équipement industriel ou les pièces fabriquées pour un moule. Cette méthode nécessite une estimation fiable dès l'origine de la consommation totale prévue sur la durée de vie du bien.
L'amortissement exceptionnel constitue une mesure dérogatoire temporaire permettant d'amortir certains biens sur 12 ou 24 mois au lieu de leur durée normale d'utilisation. Ce dispositif fiscal vise à encourager des investissements spécifiques comme les matériels favorisant l'économie d'énergie ou les véhicules électriques. L'agrément de l'administration fiscale est obligatoire pour bénéficier de ce régime particulier.
La méthode linéaire s'appuie sur une formule simple pour déterminer le taux d'amortissement annuel.
Le taux se calcule ainsi : 100 / la durée d'utilisation.
L'annuité d'amortissement correspond ensuite à la valeur d'origine du bien multipliée par ce taux. L'amortissement débute à la date de mise en service du bien et non à sa date d'acquisition. Pour la première année, un prorata temporis s'applique obligatoirement en fonction du nombre de jours d'utilisation sur l'exercice comptable.
Exemple concret :
Une entreprise achète un véhicule utilitaire pour 30 000 € HT le 15 avril 2026. Le bien est amorti sur 5 ans selon la méthode linéaire. L'exercice comptable se clôture le 31 décembre.
Calcul du taux d'amortissement linéaire : Taux = 100 / 5 = 20%
Tableau d'amortissement linéaire :
: 30 000 x 20 % x (255/360) = 4 250 €
Remarque : le prorata temporis se calcule en jours (année comptable = 360 jours, mois = 30 jours).
La méthode dégressive impose des conditions strictes d'éligibilité. Conformément à l'article 39 A du Code Général des Impôts, seuls les biens acquis neufs peuvent bénéficier de ce régime. La durée d'utilisation doit être égale ou supérieure à 3 ans. Les véhicules de tourisme sont expressément exclus de ce dispositif fiscal avantageux.
Le taux dégressif se calcule en appliquant un coefficient fiscal au taux linéaire. Les coefficients varient selon la durée :
1,25 pour une durée de 3 à 4 ans
1,75 pour 5 à 6 ans
2,25 au-delà de 6 ans
La date de début d'amortissement correspond au premier jour du mois d'acquisition du bien. Chaque année, le taux dégressif s'applique sur la valeur résiduelle et non sur la valeur d'origine, accélérant ainsi la déduction fiscale.
Le passage automatique au mode linéaire intervient lorsque l'annuité d'amortissement calculée en mode dégressif devient inférieure à l'annuité qui serait obtenue en répartissant linéairement la valeur nette comptable résiduelle sur le nombre d'années restant à courir. Ce basculement optimise la déduction fiscale sur toute la durée d'amortissement.
Reprenons l'exemple du véhicule utilitaire à 30 000 €, mais cette fois avec la méthode dégressive.
Calcul du taux dégressif :
Taux linéaire : 100 / 5 = 20%
Coefficient fiscal (5 ans) : 1,75
Taux dégressif : 20 % × 1,75 = 35 %
Début fiscal : 1ᵉʳ avril 2026 (1ᵉʳ jour du mois)
Tableau d'amortissement dégressif :
(1) 30 000 × 35% × 9 mois / 12 = 7 875 €
(2) Passage au linéaire : VNC 9 348 / 2 ans restants = 4 674 € > 9 348 × 35 % = 3 272 €
Le passage au mode linéaire intervient en 2029 car l'annuité linéaire résiduelle (4 674 €) devient supérieure à l'annuité dégressive (3 272 €).
Le Plan Comptable Général structure l'enregistrement des amortissements au sein de la classe 28 dédiée aux amortissements des immobilisations. Chaque catégorie d'actif dispose d'un compte spécifique permettant un suivi précis de la dépréciation constatée :
2801 : Amortissements frais d'établissement
2803 : Amortissements frais de développement
2805 : Amortissements brevets, licences, logiciels
2813 : Amortissements constructions
2815 : Amortissements matériel industriel
2818 : Amortissements matériel de transport
28183 : Amortissements matériel bureau et informatique
Cette nomenclature facilite l'analyse du patrimoine immobilisé et garantit la conformité des comptes annuels aux normes comptables.
À chaque clôture d'exercice comptable, l'entreprise doit comptabiliser la dotation aux amortissements de l'année. Reprenons l'exemple du véhicule utilitaire acquis pour 30 000 € le 15 avril 2026, dont la dotation 2026 s'élève à 4 250 €.
Écriture comptable au 31/12/2026 :
Cette écriture comptable augmente les charges de l'entreprise (compte 68) tout en constatant la diminution de valeur de l'actif immobilisé au bilan (compte 28). Le patrimoine reflète ainsi la dépréciation réelle du bien.
L'amortissement dérogatoire se comptabilise au compte 145 pour constater l'écart entre l'amortissement fiscal dégressif et l'amortissement économique linéaire. L'écriture type débite le compte 68725 (Dotations amortissements dérogatoires) et crédite le compte 145 (Amortissements dérogatoires). Ce mécanisme reste obligatoire lorsque l'entreprise applique la méthode dégressive pour bénéficier de l'avantage fiscal tout en respectant les principes comptables.
💡 À savoir : l'amortissement est une charge calculée non décaissée. Contrairement aux achats de fournitures ou aux salaires, il n'entraîne aucune sortie de trésorerie mais impacte le résultat de l'entreprise.
Les amortissements constituent des charges déductibles du résultat imposable de votre entreprise. Cette déductibilité fiscale entraîne mécaniquement une réduction d’impôt, que ce soit l’impôt sur les sociétés (IS) ou l’impôt sur le revenu (IR) selon votre régime d'imposition.
L'administration fiscale impose toutefois une limite : l'amortissement fiscal ne peut excéder l'amortissement linéaire calculé sur la durée réelle d'utilisation, sauf application du régime dégressif. Si l'amortissement comptabilisé dépasse l'amortissement fiscalement admis, une réintégration extra-comptable s'impose lors de la déclaration fiscale pour neutraliser l'excédent non déductible.
Le BOFiP-BIC-AMT constitue la doctrine fiscale de référence encadrant la déductibilité des amortissements. L'administration fiscale impose le respect de durées minimales correspondant à la durée réelle d'utilisation économique des biens. Des sanctions fiscales s'appliquent en cas d'amortissements jugés excessifs ou de durées manifestement sous-évaluées.
Le plan d'amortissement constitue un document comptable obligatoire établi lors de l'acquisition de chaque immobilisation. Ce tableau récapitule l'ensemble des informations essentielles : valeur d'origine du bien, durée d'utilisation retenue, taux d'amortissement appliqué, dotations annuelles prévisionnelles et valeur nette comptable à chaque clôture. Chaque immobilisation dispose de son propre plan d'amortissement, permettant un suivi précis et rigoureux du patrimoine de l'entreprise. Ce document doit être conservé pendant la durée légale de 10 ans après la cession ou la mise au rebut du bien.
Pour les très petites structures disposant de peu d'immobilisations, un tableau Excel peut suffire avec des formules de calcul automatisées reproduisant les méthodes linéaire ou dégressive. Cette solution nécessite toutefois une maîtrise des formules et une vigilance accrue sur les calculs de prorata temporis.
Les logiciels de comptabilité modernes automatisent intégralement le calcul et la comptabilisation des dotations aux amortissements. Ils génèrent automatiquement les plans d'amortissement, calculent les prorata temporis, gèrent les passages au linéaire pour le mode dégressif et comptabilisent les écritures de dotation à chaque clôture.
L'accompagnement d'un expert-comptable garantit la conformité des durées d'utilisation retenues, des méthodes d'amortissement appliquées et du respect des obligations fiscales. Il conseille également sur le choix entre amortissement linéaire et dégressif selon votre situation.
Clementine.fr combine les avantages d'un logiciel performant et l'accompagnement d'experts-comptables dédiés. Notre solution automatise la gestion de vos plans d'amortissement tout en vous offrant l'expertise nécessaire pour optimiser vos choix fiscaux et comptables. Vous bénéficiez ainsi d'un gain de temps considérable et d'une sécurité juridique optimale.
L'amortissement comptable répartit le coût d'acquisition d'un bien immobilisé sur sa durée d'utilisation. Chaque année, une dotation diminue la valeur nette comptable au bilan et génère une charge déductible au compte de résultat sans sortie de trésorerie.
Les trois méthodes d'amortissement sont : le linéaire (répartition égale sur toute la durée), le dégressif (accélération des dotations les premières années avec avantage fiscal) et le variable (calcul selon les unités d'œuvre consommées).
Pour l'amortissement linéaire : dotation annuelle = valeur d'origine × (100 / durée d'utilisation). Un prorata temporis s'applique la première année. Pour le dégressif : taux linéaire × coefficient fiscal (1,25 à 2,25) appliqué sur la valeur résiduelle.
L'amortissement comptable constate la perte de valeur économique réelle du bien. L'amortissement fiscal permet de déduire fiscalement les dotations selon les règles du Code Général des Impôts, parfois plus avantageuses (mode dégressif).
Rédigé par :
Fort de 8 ans d’expérience en gestion comptable et management, Benjamin partage sa vision opérationnelle pour optimiser les processus et la performance des organisations.
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